Quand on parle d’incapacité, on pense souvent à ce qui manque.
À ce qui limite.
À ce qu’une personne ne peut plus faire.
Mais derrière une incapacité, il y a toujours beaucoup plus qu’un diagnostic ou une différence.
Il y a une personne.
Des ambitions.
Des talents.
Des rêves.
Et une capacité immense à contribuer à la société.
Le parcours de Claudia Nigrelli en est un puissant exemple.
Entrepreneure, consultante en accessibilité, conférencière et récemment élue conseillère municipale à Beloeil, elle évolue dans un monde qui n’est pas toujours conçu pour les personnes ayant une incapacité visuelle. Pourtant, elle refuse que son incapacité définisse qui elle est ou limite ce qu’elle peut accomplir.
Son témoignage rappelle l’importance de voir au-delà de la différence pour reconnaître tout le potentiel des personnes handicapées.
Claudia a une incapacité visuelle et se déplace avec son chien-guide, Irwin.
Mais lorsqu’elle parle d’elle-même, ce n’est pas son incapacité qui prend toute la place.
« Je suis une femme dynamique, forte, qui adore les défis. »
Depuis toujours, elle a choisi de transformer son expérience en levier de sensibilisation. À travers ses conférences et son travail en accessibilité, elle souhaite aider les gens à mieux comprendre les réalités vécues par les personnes handicapées.
Sa plus grande force, dit-elle, est sans hésitation sa capacité d’adaptation.
« Vivre avec un handicap visuel m’a appris beaucoup à m’ajuster dans ce monde. »
Cette réalité l’a aussi amenée à développer une grande résilience.
« Il faut souvent redoubler nos efforts. »
Pour plusieurs personnes handicapées, les obstacles ne viennent pas uniquement de l’incapacité elle-même, mais surtout d’un environnement qui n’est pas pensé pour elles.
Se déplacer.
Accéder à l’information.
Circuler dans des commerces.
Obtenir des services.
Des gestes simples pour plusieurs demandent parfois beaucoup plus d’organisation et d’énergie.
« Quelqu’un peut simplement monter dans sa voiture et partir. Moi, il faut organiser le transport, vérifier si l’endroit est accessible, me demander si je vais me perdre. »
Au quotidien, Claudia fait encore face à des situations où les gens voient d’abord son incapacité avant de voir la personne.
Elle raconte que lorsqu’elle est accompagnée de son conjoint, d’un ami ou d’un membre de sa famille, il arrive souvent que les employés ou les serveurs s’adressent à la personne qui l’accompagne plutôt qu’à elle directement.
« Ça me fait sentir petite. Comme si je n’étais pas capable de répondre par moi-même. »
Elle donne l’exemple récent d’une sortie dans un magasin de vêtements.
La vendeuse a demandé à son conjoint quelle taille elle portait, avant de lui remettre la facture à lui plutôt qu’à elle.
Pour Claudia, ces situations traduisent surtout un manque de sensibilisation.
« Les gens ne font pas ça pour mal faire, mais ça n’enlève pas le fait que ça fait mal. »
Avec le temps, elle a appris à répondre et à créer l’ouverture.
« Maintenant, je prends le temps de dire : “ Madame, vous pouvez me parler directement. ” »
Selon elle, des gestes simples peuvent faire toute la différence : s’adresser directement à la personne, demander avant d’aider et éviter de présumer de ses capacités.
« On ne peut pas savoir ce dont une personne a besoin si on ne lui demande pas. »
Pour Claudia, l’un des plus grands défis demeure les idées préconçues entourant les personnes handicapées.
Elle aimerait déconstruire l’idée que les personnes handicapées sont nécessairement dépendantes ou incapables d’être autonomes.
« Le handicap ne définit pas une personne. »
Elle rappelle que les personnes handicapées occupent toutes sortes de rôles dans la société : parents, entrepreneurs, employeurs, étudiants, professionnels, élus municipaux...etc.
« Avant d’avoir un handicap, je suis une femme comme les autres femmes. »
Elle aime le yoga, les voyages, la mode, le maquillage et les sorties entre amis.
Mais trop souvent, les conversations reviennent uniquement à son incapacité visuelle.
« Les gens voient le chien-guide, la canne blanche, puis ils arrêtent là. »
Pour elle, la véritable inclusion consiste justement à aller au-delà de cette première perception pour découvrir la personne dans son entièreté.
« Voir la personne pour qui elle est. »
Heureusement, dans son parcours, certaines personnes ont toutefois choisi de voir au-delà de l’incapacité.
Claudia parle avec beaucoup de reconnaissance du maire de Beloeil, Daniel Picard, qui lui a fait confiance lorsqu’elle s’est lancée en politique.
Dès le début de la campagne électorale, elle lui a demandé honnêtement s’il croyait qu’elle serait capable d’occuper le rôle de conseillère municipale.
Sa réponse l’a profondément marquée.
« Il m’a dit : “ Je ne sais pas, mais on va le découvrir ensemble. ” »
Aujourd’hui, Claudia s’épanouit dans ce rôle exigeant, qu’elle décrit comme le plus grand défi de sa vie.
Un poste qui demande de l’adaptation constante, beaucoup d’apprentissages et une grande capacité à sortir de sa zone de confort.
Mais pour elle, cette expérience démontre surtout à quel point une personne peut avoir un impact réel lorsqu’on lui donne la possibilité de contribuer.
« Une personne peut amener une idée, puis éventuellement faire changer les choses. »
À travers son implication professionnelle et politique, Claudia souhaite contribuer concrètement à bâtir une société plus inclusive.
Son plus grand rêve : voir un jour Beloeil devenir pleinement accessible pour l’ensemble de la population.
« Si un jour Beloeil devient accessible et que je peux faire ça avec mon équipe, ce serait un grand projet réussi. »
Pour elle, rendre un milieu plus inclusif ne demande pas toujours de grands investissements.
Parfois, de petits ajustements peuvent faire toute la différence.
Déplacer une table.
Dégager une allée.
Adapter l’éclairage.
Demander à la personne ce dont elle a besoin.
« Les gens pensent souvent que l’inclusion coûte cher. Mais souvent, ce n’est pas compliqué. »
Elle insiste aussi sur le fait qu’il n’existe pas une seule réalité concernant les personnes handicapées.
Même deux personnes ayant le même diagnostic peuvent avoir des besoins complètement différents.
« Il faut demander à la personne concernée. »
S’il fallait résumer le parcours de Claudia en une phrase, ce serait celle-ci :
« La vue est limitée, la vision est illimitée! »
Une phrase qu’elle a elle-même créée et qu’elle utilise dans ses conférences.
Pour elle, la différence entre la vue et la vision est essentielle.
La perte de vue est une réalité concrète, mais la vision, elle, représente les rêves, les ambitions et la capacité de voir plus loin.
« Je dis toujours que j’ai perdu la vue, et non la vision. »
Aujourd’hui, Claudia se dit fière du chemin parcouru.
Malgré les obstacles.
Malgré les défis quotidiens.
Malgré les moments plus difficiles.
Elle continue d’avancer, de s’impliquer et de contribuer dans sa communauté.
« Je suis fière de la femme que je suis devenue. »
À travers son témoignage, elle rappelle que les personnes handicapées ne se résument jamais à leurs limitations.
Elles sont avant tout des personnes à part entière, avec des forces, des aspirations et un immense potentiel.
Et parfois, il suffit simplement que quelqu’un choisisse de voir tout cela aussi.